Samedi 27 Décembre 2025
« Peut-on disposer de deux voitures de société ? »
Oui, rien n’interdit à une société de mettre à la disposition de son administrateur deux véhicules.
Mais, est-ce défendable en cas de contrôle fiscal ?
Pour mieux comprendre cela, comparons deux situations fréquentes : Max et Léo.
🚗 Max et sa voiture de sport
Max est dirigeant de sa société.
Celle-ci met à sa disposition deux voitures :
une voiture “classique”, utilisée pour les déplacements courants ;
une voiture de sport, utilisée plus occasionnellement.
Pour Max, deux avantages de toute nature (ATN) lui sont calculés. Il estime donc que tout est fiscalement en ordre.
Les arguments de Max
Max justifie la présence de la voiture de sport dans la société :
elle est utilisée pour certains rendez-vous clients ;
elle contribue à l’image et au positionnement de la société ;
sa clientèle est sensible au standing et à la représentation ;
ce type de véhicule peut faciliter certaines relations commerciales.
Ces arguments ne sont pas absurdes mais ils sont exigeants à défendre.
Ce que le fisc analysera réellement
Une justification générale n'est jamais suffisante.
L'administration cherchera à vérifier :
si la voiture de sport est effectivement utilisée pour des déplacements professionnels ;
si l’activité de la société justifie objectivement ce type de véhicule ;
si l’image invoquée est cohérente avec le chiffre d’affaires, la clientèle et le positionnement réel de l’entreprise ;
si l’usage privé ne domine pas largement l’usage professionnel.
L’argument de “l’image” est souvent fragile s’il n’est pas documenté.
À défaut de preuves concrètes, la voiture est perçue comme un objet de plaisir financé par la société.
On se situe dans une zone grise : juridiquement possible, fiscalement discutable.
Léo et la voiture de son épouse
Léo est lui aussi dirigeant de sa société et celle-ci finance également deux véhicules :
- une voiture qu’il utilise personnellement ;
- une seconde voiture utilisée au quotidien par son épouse.
Son épouse n'ayant aucune existence officielle dans la société, deux avantages de toute nature (ATN) sont calculés dans le chef de Léo.
Pour Léo, chaque voiture est taxée, donc la situation est correcte.
Le problème fiscal
Le fisc ne raisonne pas uniquement en termes d’ATN, mais en termes de bénéficiaire réel de l’avantage.
Or :
- la deuxième voiture est utilisée par l’épouse ;
- l’épouse n’a, à ce stade, aucun statut officiel dans la société ;
- la société finance donc une dépense qui relève du ménage privé.
Le fait de mettre deux ATN sur la tête de Léo ne règle pas le problème.
Ce que Léo aurait pu faire
Si Léo avait réellement voulu justifier la mise à disposition de la voiture de son épouse, il aurait fallu :
- formaliser le rôle réel de son épouse au sein de la société (elle l'aide au niveau de l'administratif) ;
- lui conférer un statut officiel (ex. : co-administratrice ou collaboratrice) ;
- et surtout, mettre l’ATN relatif à cette voiture sur la tête de son épouse, et non sur la sienne.
La question centrale n’est donc pas le nombre d’ATN mais l’adéquation entre l’utilisateur réel du véhicule et le bénéficiaire fiscalement désigné.
Là où le fisc devient attentif
Lors d’un contrôle, l’administration analysera notamment :
- qui utilise réellement chaque véhicule ;
- si l’épouse exerce une fonction réelle ;
Le titre protège, mais la réalité économique primera.
Le point commun entre Max et Léo
Dans les deux situations, la société finance un avantage privé.
Or, lors d’un contrôle, le fisc ne se limite jamais à vérifier :
- qu’un ATN existe ;
- ou que le véhicule est juridiquement au nom de la société.
Il analyse surtout :
- qui bénéficie réellement de l’avantage ;
- si une dépense privée est évitée ;
- si l’ensemble est économiquement cohérent et crédible.
ATN ≠ sécurité juridique et fiscale garantie.
L’ATN est un mode de taxation d’un avantage, pas une validation automatique.
Le risque concret
Deux voitures dans une même société constituent toujours un signal, en particulier dans le cadre d’un contrôle global du dirigeant.
En cas de désaccord, le fisc peut :
- rejeter la déductibilité des frais liés à un véhicule ;
- requalifier l’avantage accordé ;
Conclusion
S'attribuer deux voitures de société n’est pas interdit.
Mais la fiscalité ne s’arrête jamais à cette seule question.
Ce qui compte réellement, c’est la logique, la cohérence et la proportion entre l’activité exercée et l’avantage financé.
Un avantage privé payé par la société doit être réellement justifiable : l’ATN, à lui seul, ne suffit pas.
Posez les bonnes questions avant que le fisc ne le fasse à votre place.
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